La gériatrie est, certes, un lieu où l’on meurt mais elle n’est pas, pour autant, un lieu de mort... Elle est aussi scène et moment de vie. Faite de temps mort, d’attente, d’égarement, qui superposent autant d’instants d’une vie de douleur, de colère, de souffrance, que des éclairs de joie, de tendresse et de bonheur. En cela, la gériatrie est un paradoxe : vie et mort se côtoient dans une proximité ténue, comme si elles avaient décidé de s’unir, pour développer une troisième entité, un état différent pour l’être. Cette union, cet instant où la vie n’est plus vraiment « vie » et ou la mort n’est pas encore « mort », cet entre deux que l’on répugne trop souvent à nommer, n’est pourtant que la vieillesse. Voilà ce qu’est la gériatrie : ni mouroir, ni vitalité, mais vieillesse. Cette dernière est, il est vrai, présente ailleurs que dans ces services, mais c’est ici qu’elle se montre sans tabous, c’est ici que l’on ne détourne plus ses regards pour ne pas avoir à se reconnaître. Pas encore, se dit-on ailleurs. Une société qui refuse le temps et ne cherche que « jouvence » pour ses idoles, tentera forcément d’occulter ce type d’institution, préférera s’en construire une image négative.



Ainsi, accepter qu’en gériatrie ce soit la vieillesse qui domine et non la mort, c’est construire le miroir de notre société. En donnant à voir cette vieillesse, notre vieillesse commune, la gériatrie nous regarde tel que nous sommes, nous montre en notre périssable condition. Alors, trop souvent, nous la rejetons et la « gethoïsons », comme si le simple fait de l’évoquer allait nous condamner. Pourtant la réalité est là . Implacable. Nous sommes tous destinés à vieillir. Par conséquent, ne pas voir la gériatrie, revient à se détourner de soi et refuser sa condition d’être périssable.

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Une chambre du service de gériatrie de l'hôpital Charles Foix d'Ivry sur Seine
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